Voyages, comment l’appareil photo a-t-il pris le pouvoir ?

Bernard Grua Photographe: Voici une histoire à la fois ordinaire et inhabituelle. Je vais vous raconter comment l'appareil photo, qui n'était envisagé que comme un accessoire de voyage, est devenu le décideur de voyages ultérieurs. La raison en est la découverte de la prodigieuse immensité sibérienne.
Voici une histoire à la fois ordinaire et inhabituelle. Je vais vous raconter comment l’appareil photo, qui n’était envisagé que comme un accessoire de voyage, est devenu le décideur de voyages ultérieurs. La raison en est la découverte de la prodigieuse immensité sibérienne.

Il s’agit de la première partie d’un récit concernant les chemins de traverse d’un parcours photographique.

L’appareil photo au service du voyage

Quelques rares photos « souvenir » de piètre valeur

Pendant l’été 2004, j’ai suivi 15 jours de cours de russe à Saint-Pétersbourg. A cette époque, mon ambition était de voyager dans le très vaste espace sibérien et en Asie Centrale. Un minimum de familiarité avec la langue de Pouchkine me semblait un pré-requis. J’ai toujours mis beaucoup de soin à préparer mes voyages et à me documenter sur les endroits où je voulais me rendre: histoire, géographie, peuples y habitant. Outre les ouvrages et les sites internet, j’ai régulièrement cherché à nouer des contacts locaux préalables. C’est ce qui a motivé la création de mes comptes ICQ, Facebook et VK. Il faut également mentionner l’intérêt du réseau Flickr. Je ne m’imagine pas voyageant en tourisme organisé, dans un groupe qui se crée une bulle et dresse une barrière le séparant des habitants et de l’espace visité. 

Au cours de l’été 2006, j’ai effectué, en voyageur indépendant, le long périple qui mène de Moscou à Vladivostok, par le Transsibérien, le Baïkal Amour Magistral et le fleuve Amour. Mes étapes furent Irkoutsk, Severobaïkaslk, Tynda, Komsomolsk na Amure et Khabarovsk. J’étais animé par un désir de découverte et d’apprentissage. Je me suis intéressé pendant un an à la préparation ce voyage. Le « Trans-Siberian Handbook » chez Trailblazer fut le guide le plus utile pour la première partie. En revanche, il existe un autre ouvrage que l’on n’ose plus considérer comme un guide. Il s’agit du « Siberian BAM Guide: rail, rivers & road », lui aussi chez Trailblazer. Athol Yates et Nicholas Zvegintzov ont fait un travail considérable d’enquêtes historiques, géographiques, sociologiques et humaines  Ce chef d’oeuvre, à mon sens, doit être dans la bibliothèque de tous ceux qui s’intéressent à cette partie encore plus méconnue de la Sibérie, même s’il n’envisagent pas de s’y rendre.

Le « BAM guide » figure, évidemment, dans ma liste d’Ex-Libris comme les magnifiques « Dersou Ouzala » de Vladimir Arseniev, « Asie fantôme – À travers la Sibérie sauvage 1898-1905 » de Ferdynand Ossendowski, « De la Présidence à la prison » de Ferdynand Ossendowski, « Bêtes, Hommes et Dieux – À travers la Mongolie interdite 1920-1921 » de Ferdynand Ossendowski,  « Ermites dans la Taïga » de Vassili Peskov, « Le Tigre  Une histoire de survie dans la taïga » de John Vaillant, « L’Exploration de la Sibérie » d’Antoine Garcia et Yves Gauthier, « Le lac Baïkal » de Laurent Touchart. 

Les détails de ce périple sont dans: «From Moscow to Vladivostok with Trans-Siberian and BAM train – Summer 2006».

La photographie ne faisait malheureusement pas partie de mes préoccupations. J’étais muni d’un petit appareil de basse qualité. Il avait, néanmoins, le mérite d’être peu encombrant. Aujourd’hui, le moindre téléphone, bas de gamme, donne des résultats largement supérieurs. Ce voyage initiatique de plus de 10.000 km en train et en hydrofoil fut une expérience unique. Bien qu’il ait donné lieu à de superbes rencontres, il fut, en quelque sorte, une expédition au fond de moi-même. Entre le Nord du Baïkal (Severobaïkalsk) et Khabarovsk je n’ai vu qu’un nombre infime de Russes provenant de la partie européenne du pays. Je n’ai croisé aucun occidental. Même, dans le corridor du Wakhan, en Afghanistan, je n’ai pas, quelques années plus tard, connu une telle situation. J’ai le souvenir de beaucoup de gentillesse de la part de ceux qui voyaient, bien souvent, un « Frantsuz », pour la première fois. A l’arrivée, il me restait seulement quelques pauvres images de cette aventure, alors que j’avais traversé des lieux, que je n’aurai plus jamais l’occasion de revoir.

La nécessité d’un matériel plus performant

Pour éviter de nouvelles frustrations, j’ai donc décidé de traiter la photo comme un vrai sujet. J’ai acquis un appareil réflex, Nikon D80, pour accompagner mes voyages. Ce fut une première évolution. A la fin de l’hiver 2007, je suis retourné dans la région d’Irkoutsk (Arshan, vallée de la Tunka, Slioudianka, train Circum-baïkal, Listvianka, Bolshie Koty, Bolshie Goloustnie, île d’Olkhon).«Visiting Baikal Lake in winter – February/March 2007” .

Sibérie (Baïkal): Maloie More (Ile d’Olkhon) – Listvianka

Le Baïkal est appelé la mer sacrée des Bouriates. Le lac est encore plus magique en hiver. C’est là que j’ai commencé à réellement photographier.

Sibérie (Baikal / Vallée de la Tunka): Talsty – Port Baïkal – Cap Kaldil’naya – Bolshie Koty – Arshan

Puis, j’ai démarré des missions au pays de Cervantès. C’est pourquoi, au cours de l’été 2007, j’ai suivi trois semaines de cours d’espagnol à Grenade. J’en ai profité pour visiter quelques villes d’Andalousie. Les ingénieurs arabes ont quitté la péninsule ibérique en 1492. Ils ont, toutefois, laissé un message important. J’ai observé que l’architecture de ces artistes était double. Elle consistait en une part matérielle et en une autre part immatérielle.

L’eau devait apporter un sentiment de fraîcheur mais elle avait une autre fonction. Le bâtiment était conçu comme allant de pair avec sa réflexion dans un bassin. Le projet était bien global. A titre d’exemple, on peut citer, dans l’Alhambra, le cas du « Patio de Los Arrayanes » ou de la pièce d’eau « d’El Partal ». Il me semble que les petits jets d’eau ajoutés, à une période plus tardive, pour le « Patio del Ciprés de la Sultana » et le « Patio de la Acequia », dans le « Generalife », ne sont pas totalement judicieux. Même si pendant la fournaise de l’été ils contribuent à l’agrément de ces jardins, ils dépossèdent la réplique immatérielle de sa lisibilité.

Quoiqu’il en soit, j’ai retenu la leçon de ces maîtres. Je porte maintenant, dans mes compositions, une attention spéciale aux reflets, lorsque je peux en incorporer. L’Espagne restera, par la suite, un de mes sujets photographiques de prédilection, accessible directement depuis Nantes, et où je me rendrai régulièrement. « Hay qué precioso lo del flamenco!!»

Bernard Grua photographe: Pièce d'eau d'El Partal et Torre de las Damas, Grenade, Andalousie
Pièce d’eau d’El Partal et Torre de las Damas, Grenade, Andalousie

Fin décembre 2007, je suis allé au festival du Sahara, à Douz. Le temps était exécrable. Il n’y avait pas de prise de vue de paysage qui fût intéressante à réaliser. J’ai donc “immortalisé” quelques participants.  Le résultat, à ma surprise, s’est avéré relativement sympathique. J’ai reçu des encouragements, que je n’attendais pas. Il y avait là quelques prémices d’activités à venir. Je ne le comprennais pas encore.
«Quand il pleut sur les chameaux » 

Bernard Grua photographe, mine de batagol, Monts Saian, Sibérie

Pendant l’été 2008, je suis retourné à Irkoutsk. J’ai pris, à nouveau, quelques leçons de russes. J’ai revu les bords du Baïkal et j’ai participé à une expédition du photographe Andrey Bezlepkin, au cœur des Monts Saïan. Nous avons cheminé vers «Batagol», la mine de graphite, ouverte, en 1848, par le Français Jean-Pierre Alibert.

Andrey était le premier vrai photographe avec qui j’ai passé plusieurs jours. Il a changé ma façon de voir le monde ainsi que de penser les voyages. Dans notre équipe se trouvait, entre autres, Konstantin Smagi, un grand artiste du noir et blanc.« Jean Pierre Alibert, Batagol et le pays secret des Soyots, juillet 2008 »

Passer à un appareil photo digne de ce nom ne m’a pas suffit. Je n’étais pas pleinement satisfait de mes photos, soit du fait de la neige ou du ciel (Sibérie), soit de la forte luminosité (Espagne).

Le voyage au service de l’appareil photo

La plage dynamique du Nikon D80 me paraissait limitée en raison de hautes lumières « cramées » et de basses lumières «bouchées». De plus, les photos me semblaient molles: manque de saturation, manque de contraste, manque de netteté. Je me suis mis à photographier en « raw » et à utiliser le logiciel de post traitement, Capture NX, adapté au « NEF » (« raw » de Nikon). Pareillement, je me suis penché plus attentivement sur les ouvrages parlant de technique photographique.

Dès lors, je pensais mes voyages en fonction de ce que je pouvais y photographier. C’est bien ainsi que j’ai organisé un déplacement en Argentine  au cours de l’été 2009 (hiver austral): Buenos Aires, Patagonie, chutes d’Iguazu, Quebrada de Humahuca et Colonia del Sacramento (Uruguay). Je ne sélectionnais les sites que pour leur caractère photogénique. De plus, je commençais, à être hanté par la lumière afin de tendre vers un meilleur résultat. La photographie n’était plus un accessoire. Elle était devenue un but – deuxième évolution.

Argentine: Peninsule de Valdes, Patagonie; Iguazu | El Cerro de los ciete colores, Pumamarca, Quebrada de Humahuca


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Publié par Bernard Grua

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